Lycée Galliéni (Toulouse): la radioscopie des professeurs

En quatre jours et quatre «nuits blanches», quatre enseignants se sont attelés à la tâche : réaliser une sorte de radioscopie de leurs difficultés à enseigner.

Dans un document de dix pages, ils expriment tout ce qu’ils ont sur le cœur et posent d’emblée la problématique : «L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des actes de violence au lycée Gallieni de Toulouse, conjugués à l’inefficacité totale du rectorat depuis 10 ans, ont poussé la majorité des personnels à entamer une action décisive, écrivent-ils. Son objectif est de rétablir l’État de droit et un climat scolaire apaisé (…)».

Les enseignants qui ont pris le mouvement à bras-le-corps assurent que désormais, «le dialogue est rompu avec le rectorat». «Ce mouvement, responsable et déterminé, vise à faire entendre l’injustice vécue par la grande majorité des 950 élèves et 230 personnels qui, quotidiennement et à des degrés fort variables, font face à l’adversité et à l’échec. Il est de la responsabilité des personnels d’alerter l’institution, expertise à l’appui, afin de prévenir le pire qui, s’il advenait, engagerait aussi la responsabilité des décideurs». Ce document rédigé par les enseignants, qui se rajoute à deux courriers adressés au ministère de l’Education nationale et au Président Macron, est aussi un moyen de dire «leur attachement à l’établissement», d’autant plus forte depuis la reconstruction du lycée rouvert en 2008 après avoir été détruit par l’explosion d’AZF en 2001. «En fin de compte, s’interrogent les profs, une question légitime et récurrente revient à l’extérieur : comment en est-on arrivé là ? Incompétence du personnel ? Démissions au sens propre comme au figuré ? Attentisme et filtrage de l’information par les hiérarchies successives ? Ou manque total de moyens humains ?». Si la majorité des projets éducatifs voient le jour (partenariats internationaux, réussites scolaires), le contrat d’objectifs du lycée (2016-2020) fait état «d’incivilités permanentes et des cas de violence lourds et en constante augmentation envers les personnels et entre les élèves s’accompagnant de vandalisme sur les locaux et le matériel, à l’intérieur de l’établissement et aux abords». «Consommation et trafic de stupéfiants générateurs de conflits d’argent ou de territoire, harcèlement envers les plus faibles, les filles notamment qui sont 97 dans l’établissement, port d’arme blanche, de taser, insultes, vols, dégradations (47 000 € depuis la rentrée), intimidations, bagarres, menaces de mort envers le personnel, voie de fait, départs d’incendie», dénoncent les profs.
G.C.
Publié le 01/02/2018 à 08:08 (La Dépêche du Midi)

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Le lycée Galliéni sous haute surveillance

Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, reprend la main sur le lycée toulousain Joseph Galliéni dont les enseignants n’arrivent plus à faire face aux violences de certains élèves.
L’année 2018 a mal commencé pour le lycée polyvalent Joseph Galliéni à Toulouse, empêtré dans une crise sans précédent – révélée par La Dépêche du Midi le 9 janvier – entre le corps enseignant, qui ne cesse de dénoncer les violences qu’ils subissent, et le rectorat de Toulouse qui a sous-estimé l’ampleur du mouvement. La majorité des enseignants (80 sur 135) ont lancé un «appel au secours» qui est remonté sur le bureau du ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer. Ce dernier a dépêché dans l’urgence deux inspecteurs généraux qui ont lui remis un rapport accablant. Jean-Michel Blanquer l’a affirmé, hier matin sur Europe 1, «on doit réagir, il doit y avoir des sanctions.»

Le droit de retrait
Les profs, qui enseignent dans des conditions plus que difficiles auprès d’élèves en grande difficulté (environ 140 sur 950 lycéens) et dont certains sont suivis par la justice (lire nos éditions précédentes), exercent depuis décembre 2017 leur droit de retrait. Ils débrayent plusieurs fois par jour depuis début janvier où la tension est montée d’un cran. Trois jours après la manifestation des enseignants et personnels devant l’établissement, une tentative d’incendie n’a occasionné aucun dégât, mais un élève a été interpellé par la police. Soupçonné d’en être l’auteur, il sera présenté prochainement devant la justice.

Sur place, c’est le statu quo. «Le proviseur (Jean-Louis Becker) a été convoqué par le rectorat hier soir (mardi soir, N.D.L.R.) et ce matin, a confié Fabian Bergès (SGEN-CFDT). Hier matin, le rectorat a envoyé Hélène Bodin, proviseur de vie scolaire. Elle a pour mission de faire le relais entre le lycée et l’établissement. On ne sait pas encore si le proviseur va être remplacé ou s’il restera dans une direction qui sera placée sous tutelle de l’administration». «Dès aujourd’hui (hier, N.D.L.R.), un personnel de direction expérimenté va intervenir sur le terrain. La force doit être du côté du droit. Toute une série de mesures concrètes va être prise», a précisé le ministre de l’Education nationale qui a définitivement repris la main sur ce dossier brûlant.

Mais sur le terrain, mis à part la nomination d’un cinquième AED (surveillant), les enseignants sont toujours dans l’expectative et réclament plus de moyens humains pour gérer la crise. «Pour l’instant, c’est calme car les classes les plus dures sont en stage. On attend toujours les 35 caméras de vidéosurveillance de la région», se désole un prof. Elles doivent être installées prochainement, assure-t-on au conseil régional.

En chiffres
L’histoire mouvementée du lycée
Le lycée Galliéni forme essentiellement aux métiers de l’automobile, du transport et de la logistique du CAP au bac professionnel, BTS et une série STI2D. Actuellement, 950 élèves y sont scolarisés. «Il bénéficie d’une bonne réputation auprès des industriels avec lesquels il entretient de très nombreux partenariats», disent les enseignants. La grande majorité des élèves, pour lesquels les personnels se mobilisent, travaillent dès l’obtention de leur diplôme.
Reconstruit sur le site même des anciens lycées Gallieni et Françoise, à moins d’un kilomètre du Canceropôle de Toulouse, l’établissement a coûté 91 millions d’euros. C’est un immense lycée : 11 hectares, soit l’équivalent de cinq terrains de football. Selon les chiffres des enseignants, «30 % des 125 élèves toulousains entrants sont issus des réseaux d’éducation prioritaire (REP et REP +); 750 élèves ont refusé de s’inscrire cette année et seulement 19 % des élèves recrutés en bac pro vente étaient présents en janvier». Autres chiffres édifiants : le nombre d’exclusions de cours qui franchit chaque année la barre des 2 000.

https://www.ladepeche.fr/article/2018/02/01/2733531-le-lycee-gallieni-sous-haute-surveillance.html

 

 

 

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